J’ai mis plus de 25 ans à comprendre que mon écriture et ma voix faisaient ma singularité. Qu’écrire, dire, exprimer mes émotions faisaient partie de mes plus grandes forces.
Pendant longtemps, j’ai relégué l’écriture à une activité de loisir, un simple passe-temps, une lubie. Dans le passé, j’ai réussi à écrire et publier deux livres et, même là, je ne me suis jamais vraiment considéré comme écrivain. Syndrome de l’imposteur, quand tu nous tiens !
Pourtant, dès que je m’éloigne des mots un peu trop longtemps, l’envie revient à la charge. Chaque fois un peu plus forte, chaque fois de manière plus pressante !
C’est encore plus vrai en ce moment ! J’ai un planning chargé, peu de temps à moi et je n’ai jamais eu autant envie d’écrire ! Je bouillonne. J’érupte. Les mots débordent de ma boîte crânienne. J’ai du mal à les canaliser. Ce n’est plus une envie, ça devient un besoin. D’où la création récente de ce blog.
Je n’écris jamais mieux que quand j’arrive à mettre des mots sur mes ressentis, quand j’arrive à disséquer les sentiments qui me traversent ou me bouleversent. D’aucuns disent que je suis un être hypersensible. Aujourd’hui, je l’assume, le revendique même !
Et puis finalement, pourquoi serais-je beaucoup plus sensible que la moyenne ? C’est peut-être les autres qui manquent d’affect, qui briment ou masquent mieux leur émotivité !
Moi, je fais le pari d’écrire à l’encre de mes émotions !
Ça n’a pas toujours été le cas. Probablement à cause d’un manque criant de confiance en moi. Quelle voix pouvais-je bien porter ? La mienne ? Ha ha ! Et qui pour l’écouter ?
Quelle légitimité pouvais-je bien avoir à me raconter, à m’exposer ? Moi qui ai grandi dans des endroits où il ne fallait montrer aucune vulnérabilité, quitte à bluffer.
Ça m’a demandé bien des étapes intermédiaires pour apprendre à me connaître et oser.
L’aventure, un moteur d’écriture ?
La première fois que j’ai exposé mes mots à un « public », c’était sur un site internet… de quad ! J’avais à peine vingt ans. À l’époque, avec ma chérie, on était fous de balades motorisées ! On avait entrepris une petite aventure : le 77 Tour. Un tour de la Seine-et-Marne en quad par les chemins. 500 km sur une petite semaine.
J’avais osé narrer, sous pseudonyme, nos aventures ainsi que quelques sorties « rocambolesques » (une sombre histoire de quad fini pendu à un arbre dans un petit ravin 🙃) sur le site spécialisé. J’avais eu des retours positifs.
Ensuite, nous avions fait une petite exposition lors d’une fête de village. On avait fait de grands panneaux avec des photos et des illustrations pour faire découvrir notre aventure. Je m’étais naturellement mis à écrire les textes ! Je crois que j’avais agréablement surpris le public… et ma belle-famille avec ma plume. Première petite fierté.
Effraction auditive
Je m’en rappelle comme si c’était hier ! J’étais dans ma voiture. Je zappais entre les stations de radio, marre d’entendre toujours la même chose. Je suis tombé sur un mec qui parlait de poésie urbaine. Mieux que ça, qui parlait de slam ! C’était la première fois que j’entendais parler de cette mouvance, née aux États-Unis et qui avait débarqué en France quelques années plus tôt.
Le mec, un jeune inconnu, a déclamé des textes en direct. Il m’a littéralement scotché. Il n’y avait plus que lui, ses mots, un micro et mes oreilles d’auditeur. Pas de fioriture, ni de musique ! Juste une voix, un homme, un cœur ! L’expression dans son plus simple appareil. Et ça a résonné en moi comme jamais.
De sa voix profonde, avec un rythme et une façon assez naturelle de parler, il a offert des textes ciselés, emplis de modernité et de fraîcheur. Accrochées au réel, sa poésie et ses rimes transmettaient, avec une facilité déconcertante, émotions et images fortes.

J’habitais à l’époque dans une cité du 92. Je me rappelle être arrivé au pied de mon immeuble. Garé sur le parking. Moteur coupé. J’étais incapable d’éteindre la radio. J’ai été au bout de l’interview et des textes.
C’était comme si les haut-parleurs de ma voiture m’avaient giflé le cerveau et étreint le cœur ! Comme si cet inconnu était entré par effraction dans mes oreilles et avait déposé en moi de nouvelles obsessions : celles de jouer avec les mots et l’oralité.
C’était en 2006. J’avais 23 ans. Le mec derrière le micro, c’était Grand Corps Malade.
Les passions naissent parfois du chaos !
Même après cette découverte à la radio, il m’aura fallu encore trois années supplémentaires pour oser écrire sérieusement. J’ai dû attendre le diagnostic d’une maladie, un licenciement pour inaptitude à mon poste de travail et une traversée du désert pour me recentrer !
L’être humain est parfois un idiot plein de certitudes, et je n’ai pas fait exception. J’ai dû être confronté à des situations pour le moins inconfortables pour m’apercevoir de la fragilité de la vie. Qu’il n’y a pas de marche arrière possible face au rouleau compresseur du temps. Qu’il fallait enfin commencer par m’écouter et me rapprocher de mon essentiel.
J’ai été diagnostiqué un mardi. Deux jours plus tard, je me crashais en paramoteur (maudit facteur humain dont je parle dans cet article : Quand la vie vacille !) et surtout, le jeudi d’après, j’assistais à ma première scène slam !
À cette époque, je vivais en Charente-Maritime et une scène éphémère avait lieu à Saintes. J’ai écrit un texte, pris ma voiture, j’ai écouté et vu défiler les gens, les invitations à venir sur scène… Et je n’ai pas osé quitter mon strapontin !!
La scène me paraissait démesurément trop grande et solennelle. Ça ressemblait à une salle de cinéma ou de spectacle. Le public assez peu nombreux et silencieux m’intimidait. La marche était trop haute pour moi !
Une chose m’a rassuré cependant : les gens qui prenaient tour à tour le micro me ressemblaient. Il y avait des jeunes, des vieux, des gens de la vie de tous les jours. Pas mal de débutants aussi. Certains s’excusaient presque de prendre la parole, d’autres étaient plus à l’aise. Tous avaient cependant en commun, le courage d’affronter le regard des autres et d’assumer leur individualité !
À la fin de la soirée, la MC (maître de cérémonie) a présenté une scène slam qu’elle animait à La Rochelle une fois par mois ! Rendez-vous était pris !
Alors, le jeudi suivant, je suis rentré dans ce café, situé face au Vieux-Port. À l’intérieur, c’était bondé ! J’ai reconnu la MC et, sans me poser de question, je me suis inscrit et j’ai attendu mon tour !
Quand le moment est arrivé ! Mon cœur battait à tout rompre ! La scène était une petite estrade en bois lovée au fond du café. Il fallait slalomer entre les tables et les chaises, donner des coudes pour arriver à s’y faufiler.
Je me suis alors caché derrière mon bout de papier griffonné.
Je tremblais comme une feuille du haut de mon mètre quatre-vingt-trois.
J’ai pris une très grande inspiration et j’ai balancé un texte sur les lettres de l’alphabet.

Et là, plus aucun retour en arrière possible. Juste moi et le rouleau compresseur des émotions ! J’ai été piqué sur le vif !
J’avais gagné une raison d’écrire et un lieu pour exprimer mon élan poétique !
Cette scène slam a été une renaissance, un nouveau champ des possibles. J’en deviendrais un habitué.
Grâce à cet espace de liberté, j’ai fini par transformer le chaos en quelque chose de positif.
Partager les mots en vers et partout
Ensuite, je n’ai eu de cesse de vouloir réitérer ce moment suspendu. Cet instant précis où tout bascule. Où le brouhaha de l’auditoire, venu surtout pour boire un coup et se détendre, laisse peu à peu… mot après mot… place au silence… et à l’écoute véritable !
Réussir à capter l’attention, à renverser la situation. Voir se tourner les têtes. Apercevoir des oreilles qui se dressent. Des sourires qui se dessinent ou des yeux qui s’embuent, juste en étant soi-même et en partageant un point de vue, c’est ça le pouvoir des mots et de la poésie !
Alors, j’ai arpenté les scènes, j’ai slamé à La Rochelle, à Poitiers, à Paris, à La Réunion. Devant 10, 50 ou 200 personnes. Presque toujours caché derrière ma feuille de papier, mais avec beaucoup plus d’assurance et un plaisir non dissimulé.

J’ai aussi animé des scènes et des ateliers d’écriture dans des centres de loisirs, dans les médiathèques, les maisons de retraite. Et surtout… en milieu scolaire.
Moi, qui me considérais autrefois comme un mauvais élève, je venais en salle de classe partager mon expérience et tenter d’insuffler un peu de magie dans l’institution. Mes sujets de prédilection étaient : « Croire en ses rêves », « Apprendre de l’autre », « S’interroger sur ses passions », « La confiance en soi »…etc
En tout cas, ça a nourri mon enfant intérieur ! Il jubilait de cette revanche ! Passer du fond de la classe au tableau avec fierté, en imposant ses propres règles aux profs, c’était un sacré pied de nez ! Surtout, j’ai vu des enfants se révéler et apprécier qu’on leur donne la parole. Voir leur fierté de réussir à monter sur scène, leur aplomb à surmonter le regard des autres, ça n’avait pas de prix. (autre que toute l’énergie que je déployais pour réussir à les embarquer avec moi !)
Explorer de nouveaux mondes
Ensuite, j’ai été nourrir mon besoin de découverte et d’aventure.
Je me suis jeté à corps perdu sur les chemins (36 jours de marche, 760 km parcourus) et sur l’eau (160 km en paddle).
J’ai eu envie d’aller plus loin qu’un « simple » poème ou slam, d’explorer une autre forme d’écriture. J’ai alors tiré de mes bagages et de mon épuisette des mots pour remplir un livre de 321 pages (La tête en marche, voir l’article : coup de rétro) et un second de 163 pages (Un fleuve de possibilités) !
De l’enfant en difficulté avec l’orthographe aux ateliers d’écriture, puis aux séances de dédicaces, le chemin aura été escarpé et semé d’embûches. Ce n’est pas grave, le plaisir n’en a été que plus grand.
Libérer l’encre pour mieux s’ancrer
Ces dix dernières années, j’ai écrit de manière sporadique sur les réseaux. Je me suis fait plus discret. Focalisé que j’étais sur différents projets personnels. Besoin de vivre et d’engranger de nouvelles expériences, surtout. Fatigue, tête encombrée et manque de disponibilité aussi.
Aujourd’hui, l’envie de m’exprimer revient plus fort que jamais !
J’en ai mis du temps à comprendre que l’écriture avait cette importance capitale pour mon bien-être et ma créativité.
La distance nécessaire pour qu’un stylo puisse libérer son encre sur le papier n’est pourtant pas si énorme ! On va dire que le garçon a été long à la détente et qu’il avance à son propre rythme. Certes… mais il avance bel et bien !
Il paraît qu’il n’y a aucune date de péremption sur les rêves et les passions ! Qu’il n’est jamais trop tard pour s’assumer. Alors, il est temps pour moi de brandir à nouveau le stylo (et le micro ?) avec fierté, de laisser enfin glisser la bille sur le papier et de libérer ce qui fait mon essence, ma quintessence.
Je suis fait pour écrire. Qu’on se le dise et que je m’en persuade une bonne fois pour toutes !
Que vive l’esprit du Griphonneur !
Et vous ? Quelle activité ou passion vous fait réellement vibrer et kiffer ?
Quelle rencontre ou action déterminante a changé positivement votre trajectoire ?
J’attends sincèrement vos réponses en commentaire.






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