où l’hailitisme de l’aurteaugrafe à la franssaize !
Je ne veux pas jouer les professeurs de français, mais ces derniers temps, je me suis interrogé sur le « pourquoi du comment » de notre si sacro-sainte langue française. D’où vient-elle ? Comment a-t-elle été construite ? Et surtout, pourquoi son orthographe est-elle parfois un vrai casse-tête ?
Le français : un beau mélange de lettres, de voyelles, de consonnes, mais aussi de règles grammaticales et de conjugaisons qui donnent parfois le vertige.
Alors pourquoi est-il si difficile à apprendre et à maîtriser ?
D’où vient cette complexité ? Un accident ? Certainement pas !
La difficulté de l’orthographe française n’est pas un hasard, c’est le résultat d’une construction historique volontaire ! Oui, madame ! Oui, monsieur ! Rien que ça !
Je ne veux pas non plus jouer les profs d’histoire mais il va falloir remonter quelque peu le fil du temps. Je vous emmène avec moi. Promis, juré, craché, je vais essayer d’être bref ! Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer ! (J’ai le droit de croiser les doigts dans le dos ?)
Il était une fois…
Au Moyen Âge, vers les 6ème ou 7ème siècles, l’écriture n’est qu’une sorte d’aide-mémoire, plus ou moins instable, dans une civilisation essentiellement orale. Ses bases sont alors surtout phonétiques.
Rappelons que le français est une langue romane, dérivée du latin vulgaire (la langue du peuple romain). Au fil des siècles, elle s’est développée au gré des usages, teintée d’influences régionales et étrangères.
Jusqu’au 15ème siècle, le français était en réalité une mosaïque de dialectes et de patois variant considérablement d’une région à l’autre, rendant les échanges parfois difficiles.
Il a fallu attendre l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François Ier en août 1539, pour donner une assise juridique au français et en faire la langue officielle du roi et du droit.
L’objectif ? Simplifier et harmoniser la communication en rendant les actes administratifs compréhensibles par le plus grand nombre. Et soyons honnêtes, c’était aussi un moyen politique d’affirmer l’autorité du roi sur le territoire.
Étymologie contre Phonologie : le duel
L’histoire de notre orthographe est marquée par des débats incessants. Dès 1542, des querelles opposent les partisans d’une orthographe étymologique (basée sur l’origine des mots) à ceux d’une orthographe phonologique (basée sur la prononciation).
Les seconds, comme Jacques Peletier du Mans ou Louis Meigret, voulaient « écrire comme on parle » et s’inquiétaient déjà des difficultés d’apprentissage pour un peuple n’ayant pas accès au latin ni au grec.
Ce sont pourtant les partisans de l’étymologie qui ont gagné la bataille. Résultat : l’ajout de lettres muettes et de signes graphiques (accents, tréma…) pour rappeler l’origine des mots. Cette victoire a sonné le glas de la simplicité et a annoncé la complexité que nous connaissons aujourd’hui.
La Pléiade : quand les poètes ont décidé de nous compliquer la vie
À l’invention de l’imprimerie, un nouveau mouvement d’harmonisation est lancé. Les poètes de la Pléiade, groupe de la Renaissance, choisissent d’écrire leurs œuvres en français plutôt qu’en latin.
S’ils ont permis une certaine standardisation du français, ils ont aussi introduit de nombreux néologismes (nouveaux mots) empruntés au grec et au latin (parfois de manière erronée) et adopté des figures de style sophistiquées. Résultat : une langue écrite enrichie, mais devenue assez inaccessible pour la majorité de la population.

Création d’une académie : sommes-nous sauvés ?
En 1634, sous l’impulsion du Cardinal de Richelieu, l’Académie française est créée (avec trois « e » !). Sa mission statutaire :
« Fixer la langue française, lui donner des règles, la rendre pure et compréhensible par tous. »
Pour cela, les académiciens doivent d’abord élaborer un dictionnaire, dont la première édition paraît en 1694.
Leur choix se porte définitivement sur l’orthographe étymologique, inspirée du latin et du grec, laissant de côté les origines espagnoles, italiennes, germaniques ou arabes (qui représentent pourtant 35 % des mots « empruntés » !).
Cette décision est motivée par l’idée que le français doit être une langue savante, à l’image du latin. L’érudition devait se mériter ! D’ailleurs, si l’on avait fait un micro-trottoir à l’époque, on aurait pu entendre :
Il s’agissait de distinguer les gens de lettres d’avec les ignorants… et les simples femmes.
— François Eudes de Mézeray (1673)
Charmant, non ? Mesdames apprécieront… ou pas ! Une position résolument élitiste et conservatrice.
Ce choix a eu des conséquences négatives pour la diffusion de la langue, rendant l’apprentissage de l’orthographe difficile pour ceux ne faisant pas partie de l’élite. L’écriture est ainsi devenue un marqueur social. Malgré des tentatives de réforme au 19ème siècle (avec l’école obligatoire) et des tolérances officielles souvent ignorées (1901, 1976), le système s’est figé sur des règles parfois arbitraires.
Le langage comme preuve d’autorité
Si l’orthographe peut complexifier l’écrit, qu’en est-il des jargons professionnels ? On en parle du langage juridique ou médical ? Des textes de loi ? Des actes notariés ? Des publications scientifiques ?
Pourquoi ce type de rédaction utilise des formulations complexes et peu accessibles ?
Et bien, c’est peut-être fait exprès ! On n’utilise pas toujours le langage pour être compris.
Certains usages visent précisément à n’être compris que par des pairs (avocats, juristes, médecins) et à tenir à distance le commun des mortels.
Ne parle légitimement que celui qui sait manier le langage structurant d’un espace.
C’est une manière d’asseoir une autorité et une légitimité. Cette quête de distinction prime souvent sur la clarté. On reste dans une tradition française : il y a les « sachants » d’un côté… et les autres !
Les conséquences concrètes
Elles sont d’ordre scolaire, professionnel, social… et numérique ! Je m’explique :
- 1. Difficulté scolaire
Les élèves de CM2 d’aujourd’hui font en moyenne deux fois plus d’erreurs qu’en 1987. Pourquoi persister avec des règles parfois qualifiées d’« obsolètes et absurdes », que même la majorité des adultes ne maîtrisent pas totalement ?
Sommes-nous plus bêtes qu’hier ? Non. Il n’y a jamais eu d’âge d’or de l’orthographe parfaite ! En 1879, le taux d’échec au brevet s’élevait déjà à 91 %, prouvant que la difficulté est structurelle et non conjoncturelle.
Même les grands écrivains n’y échappaient pas. Molière, par exemple, orthographiait un même mot de manières différentes d’un manuscrit à l’autre (ex: Misantrope / Misanthrope).
- 2. Discrimination à l’embauche
Selon un sondage IPSOS : pour 83 % des recruteurs, une orthographe défaillante est rédhibitoire, souvent plus que le niveau d’anglais. 72 % estiment que cela nuit à la crédibilité d’un candidat et à l’image de l’entreprise
Une lettre de motivation avec des fautes, c’est bien souvent une porte qui se ferme, sans autre justification.
- 3. Exclusion sociale
La difficulté orthographique frappe de manière disproportionnée les élèves issus de milieux défavorisés et les enfants dyslexiques, creusant les inégalités scolaires. La maîtrise de la langue dépend moins de l’intelligence que du capital culturel familial.
Cela engendre défiance envers l’école, risques d’illettrisme, difficultés administratives et perte de confiance en soi.
- 4. Exclusion numérique
Observez les forums ou les réseaux sociaux : l’avis d’une personne en difficulté orthographique est souvent ignoré, voir carrément discrédité de manière cinglante :
– Va t’acheter un Bescherelle !
etc…
– Quand t’auras « apprit » à écrire, on en rediscutera !
– T’as été à l’école quand elle était fermée, toi !
Privilégier le fond ou la forme ?
Le temps excessif consacré à l’orthographe (dictées, règles complexes) se fait au détriment de compétences fondamentales comme : la compréhension, l’argumentation, la créativité, le vocabulaire.
Contrairement à l’espagnol, l’allemand ou le finnois, le français impose plusieurs années supplémentaires pour maîtriser son code écrit, ce qui impacte négativement l’apprentissage de la lecture.
L’orthographe était censée être une clé vers l’apprentissage : elle est devenue une matière scolaire.
— Pierre Calvé
En comparaison internationale, les élèves francophones sont en queue de peloton en compréhension écrite, probablement par peur de l’erreur et par temps excessif consacré au code au détriment du sens.
Je vous partage ci-dessous l’excellente conférence d’Arnaud Hoedt et Jérôme Piron qui résume parfaitement tout ce que je viens d’expliquer. Ça vaut vraiment le détour !
Conclusion
Je ne suis ni prof de français, ni historien, ni linguiste. Je pense tout de même que notre chère langue gagnerait en simplicité pour être réellement accessible à tous !
L’égalité passe aussi par l’orthographe.
Savoir bien écrire ne devrait pas être le fruit d’un travail acharné, long et fastidieux, ni être réservé à un milieu social plutôt qu’un autre.
Nous pourrions privilégier une orthographe simple pour nous concentrer sur le fond et la transmission du message. Mettre l’accent sur la créativité des récits plutôt que sur des règles alambiquées dont on pourrait aisément se passer. ça, ce serait une preuve de renouveau et d’intelligence collective !
Alléger, assouplir, épurer, ce n’est pas corrompre le passé, ni devenir fainéant ou stupide. Transmettre des outils de communication simples, c’est gagner en temps, en autonomie et en force !
Le vrai scandale n’est pas la difficulté de la langue, mais le fait qu’on laisse des élèves sortir du système sans maîtriser cet outil essentiel, par dogmatisme ou manque de méthodes adaptées.
Pour qu’une langue soit vivante, elle doit circuler librement, avec le moins de frictions possible. Elle doit continuer d’évoluer avec son temps. Elle n’a pas besoin d’être parfaite ou grandiloquente pour être comprise.
Et puis… je ne suis peut-être pas un spécialiste mais une langue, ça s’échange, ça se partage. Un peu comme un french kiss. Avec envie, non ? 😉
Enfin, c’est ce que pense votre éminent petit joueur de mots et philosophe de pacotille !
Et toi, quel est ton rapport à l’orthographe ? Plutôt puriste ou pragmatique ? Dis-le-moi en commentaire !
Pour finir sur une note humoristique, voici une vidéo qui décrit comment un étranger, qui apprend à s’en sortir avec le français, adopte une stratégie certes intelligente mais un peu coûteuse !! 🙂






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