BLOG D’EXPRESSION

LITTÉRAIRE ET POÉTIQUE

La tête dans la machine à laver.
Catégorie :

Temps de lecture estimé :

La grande lessiveuse intérieure

Écrire, c’est tenter de mettre de l’ordre dans ses idées.
C’est observer le tambour de nos pensées tourner.
C’est écouter le bruit, parfois en mode essorage, de notre tumulte intérieur.

Penser sans discontinuer, c’est avoir la tête qui tourne H24. C’est prendre le risque que notre cerveau finisse plein de mousse. On peut avoir des cycles qui nous submergent, mais dans toute machine à laver il y a un programme, avec un début, un milieu et une fin. Même les machines ont droit au repos.

Écrire, c’est comme ranger une grosse panière pleine de linges mouillés. Au début, tout est en boule, entremêlé, froissé. Alors, on commence par faire le tri. On sépare les pantalons des pulls. Les bons souvenirs des mauvais. Les tee-shirts des sous-vêtements. Les pensées positives des pensées limitantes.

Forcément, on tombe sur des idées dépareillées, des rêves qui ont rétréci ou qui se sont distendus. On râle contre l’immanquable chaussette disparue ! Contre l’idée de génie qui s’est diluée dans la lessive et qui est partie à jamais avec l’eau de rinçage.

Après avoir pris soin d’étendre nos opinions sur le tancarville (il m’a toujours amusé ce mot) pour sécher et évacuer l’humidité de nos humeurs, on regarde le tee-shirt de 15 ans d’âge, qui ne ressemble plus à grand-chose, mais qui nous rappelle un moment précis… et on se demande alors pourquoi on n’arrive pas à le jeter.

On peste d’avoir acheté cette pièce en solde qui part déjà en lambeaux. On regrette cette leçon apprise malgré nous et qui ne nous convient plus… On en fait peu à peu des piles branlantes ou des tas.

Ensuite, on se retrousse les manches et on s’attaque au repassage.
On essaye de tout mettre à plat. Un à un, on pose nos croyances, nos états d’âme, nos humeurs sur la table à repasser nos émotions.

On évite de faire de mauvais plis. On s’applique à passer le fer de la lucidité partout, sans jugement… et ce n’est pas le plus facile. On aplanit ici un col récalcitrant. On forme là un trait d’esprit à partir des expériences du jour.

On s’aperçoit un peu tardivement de la tache qui persiste malgré le lavage. Là, un trou qui se forme et qui affaisse avec lui notre confiance. Une couture qui faiblit et qui fragilise l’image que l’on peut avoir de soi. On se projette dans un nuage de vapeur. On tente parfois de forcer le destin ou de gommer ce que l’on ne veut plus voir.

Certains trouvent l’activité presque méditative, introspective. D’autres en ont la sainte horreur et exècrent le temps perdu à rester debout, presque immobile, derrière cette table de malheur.

Pour les plus courageux, on passe à l’étape suivante. On plie le linge de façon plus ou moins précise pour qu’il prenne le moins de place possible. On fait des piles cohérentes et coordonnées. Peut-être par type de vêtements, par ordre de grandeur des idées ou par couleur, émotions ou matière. On dispatche tout sur différentes étagères ou sur des cintres dans la penderie.

Tout ce travail est fastidieux et prend du temps, mais à la fin, quand la panière est vide, on s’est délesté d’une charge mentale et on est content du travail accompli… Tout est un peu plus propre, à l’odeur agréable de l’assouplissant ou de la paix intérieure. Le monticule menaçant de vêtements a disparu. Visuellement et en termes de ressenti, on se sent mieux… jusqu’à la prochaine machine à laver !!

Alors, on recommence un nouveau cycle de lavage, de séchage, de repassage, de pliage, de remise en ordre, c’est sans fin. Mais à chaque fois, on est un peu plus efficace, plus précis, le geste se confond avec la raison. Cela nous demande moins d’effort. On y passe moins de temps…

Cependant, il serait illusoire de croire qu’il faille vider entièrement la panière de nos pensées à chaque fois ! Ce n’est pas tous les jours qu’on lave du blanc !

Parfois, il arrive que nous tombions sur un drap ou un souvenir qu’on n’arrive pas à ordonner. On ne sait pas par quel bout le prendre, comment faire pour le mettre sur la table à repasser et où le ranger, sur quelle étagère de notre mémoire. Certaines taches demanderont plusieurs cycles pour disparaître, il faudra peut-être même s’armer de produits. Il faut savoir être patient et garder à l’esprit que la perfection est un leurre.

Aussi, on peut se retrouver à laver du linge en famille ou entre amis. Certains prennent un malin plaisir à venir déverser des camions entiers de vêtements d’une saleté sans nom devant notre hublot et s’en vont sans même regarder en arrière.

On doit (ou souvent, on pense devoir !!) laver et ranger les vêtements et les réflexions des êtres qui nous entourent. Parfois, ça rend service et c’est bénéfique. Parfois, ça alourdit inutilement notre charge de travail et ça vient encombrer nos armoires et nos têtes déjà pleines.

D’autres viennent vous donner un coup de main, vous prêter main-forte, vous montrent leur façon de faire. Ils vous partagent une organisation différente, peut-être plus efficace, pour laver, trier, plier ou ranger. Gardons alors l’esprit ouvert.

Et enfin, il y a ceux qui vous tiennent simplement compagnie, vous distraient pendant votre labeur et vous rendent la tâche moins ingrate. Ils sont les adoucissants de notre quotidien.

Mettre de l’ordre dans ses idées, dans sa mémoire ou dans son dressing, c’est s’alléger. C’est recenser ce qui nous tient vraiment à cœur. Nos pièces maîtresses, nos tenues iconiques. Ce qui fait notre essence, nos fondations.

Écrire, c’est faire de la place sur l’étagère de nos pensées pour accueillir la nouveauté. Conscientiser les espaces que l’on veut bien allouer à chacun de nos raisonnements. Prendre la responsabilité de jeter ce qui n’a plus lieu d’être porté. Accepter qu’un vêtement ne corresponde plus à notre personnalité. Retourner à son propriétaire la fripe qui lui appartient.

Écrire, c’est aussi réfléchir à coordonner les tenues entre elles, faire de nouvelles associations. Trouver la pièce manquante qui ajoutera un peu de fantaisie ou de classe pour parfaire ainsi notre unicité.

Écrire, s’occuper de son linge, de son mental, en définitive, c’est prendre soin de soi !

Et toi, c’est quoi ton programme préféré ?
Lavage express, cycle long, avec ou sans adoucissant ?
Tu t’occupes de ta panière… ou tu lui tournes le dos ?

Bon, moi je vous laisse. La grande lessiveuse intérieure ne va pas tarder à sonner.
Je vais récupérer mon linge au lavomatique.


Les mots m’appartiennent jusqu’à ce que tu les ressentes.
Alors dis-moi ce que t’inspire cet article en cliquant ci-dessous sur un émoji ou laisse un commentaire. Tes retours comptent vraiment pour moi, c’est ma boussole et ma motivation pour mes prochaines publications.

❤️
2
😀
0
😂
0
😡
0
👍
0
👎
0

Inscrivez-vous à la Newsletter du Griphonneur pour être tenu informé des futurs articles à paraître en cliquant ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *