Dans un précédent article – Lis tes ratures – vous avez pu constater que mon passage sur les bancs de l’école s’était conjugué au passé compliqué et que je n’avais pas vraiment de prédisposition à faire de l’écriture ma passion !
Des graines ont quand même été semées et il m’aura fallu des années pour prendre conscience que j’avais « un petit quelque chose » avec les mots. Voir une appétence et une attirance certaine pour eux…
Écrire, ça fait transpirer !
Je ne dirais pas que j’ai des facilitées à écrire car réussir à exprimer clairement mes idées ou ce que je ressens est très engageant pour moi. En concentration et en réflexion.
Écrire me demande du temps. C’est une sorte de marathon ou plutôt un trail fait de bosses et de sentiers cahoteux. Je peux passer des heures, des jours, des semaines parfois pour réussir à assembler des phrases et des paragraphes. ça peut même me faire transpirer quand mon cerveau est en ébullition !
La recherche de la précision, de la bonne description, de la meilleure tournure possible. Donner un corps et du style à une pensées, une émotions ou un sentiments est un challenge permanent.
Le parcours peut sembler ardu et le résultat pas toujours à la hauteur de l’investissement. Et pour quel but ? Que des lecteurs lisent, en quelques minutes seulement, le fruit de tout ce cheminement, de cette longue réflexion…
Écrire, c’est parfois ingrat et fastidieux. C’est le jeu ma pov Lucette !
Écrire plus vite que la pensée
Et parfois, c’est tout le contraire qui se produit ! Je peux écrire quelque chose sur le vif, sans réelle préparation, quasi d’une traite. Presque de l’écriture automatique. C’est fluide, ça jaillit presque tout seule de mon clavier ou de mon stylo. La difficulté s’efface. Le temps se fige ou défile à tout allure sans que j’y prenne garde.
C’est comme si ma tête, mon cœur, mes émotions, ma main, mes doigts étaient parfaitement alignés. Synchronisés. En symbiose. Concentrés et dévolu à une tâche unique et prenante. Sans filtre ou pensées polluantes. Tout ce qui se passe dans ma tête se traduit naturellement et d’une facilité déconcertante en lettre et en mots ! Cela semble instinctif ! Naturel. Primaire.
Et là, c’est jouissif ! Un vrai état de grâce, une plénitude incroyable.
C’est un peu ce que raconte Grand corps malade dans « chercheur de Phase » :
Grand corps malade / titre : chercheur de Phase » / album : midi 20.
Je continue d’écrire pour ces moments là ! Pour tenter de renouveler ce plaisir unique.
Mais pour ça, il n’y a pas de secret ! Il faut sans cesse se remettre à l’ouvrage. Créer des occasions.
Il me faut écrire. Griffonner encore et encore. Continuer de raturer, de faire et de défaire, de couper-coller. De réarranger, d’alléger, de clarifier ! C’est exactement en faisant cela que je peux me rapprocher de cet état. En multipliant les opportunités d’être face à une page blanche que pourra survenir cette énergie créatrice.
A force de faire cette gymnastique de l’esprit, quand surviendra le moment tant attendu de faire un très beau salto avec les mots, je n’aurai qu’à dérouler mon programme sans même y penser ! Il me suffira juste de prendre le bon élan.
T’as le flow bébé !
Cette impression de fluidité, de bonheur éprouvé, c’est ce que le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi appelle le FLOW !
Un concept élaboré en 1975. ça ne date pas d’hier !
L’homme est connu pour ses recherches en psychologie positive, notamment sur le bonheur et la créativité.
Qu’est-ce que la notion de Flow ?
Le flow est un état de concentration ou d’absorption totale dans une activité ou une action.Pour l’atteindre, il y a plusieurs conditions à réunir ou ressentir :
- Un équilibre doit être établi entre la difficulté de la tâche et les capacités de l’exécutant
- La clarté des objectifs
- Une pleine concentration sur la tâche à accomplir
- La fusion entre l’action et l’attention
- La transformation du temps
- Le paradoxe du contrôle
- Un bonheur qui n’est pas extérieur à soi et qui est le fruit émanant de sa propre créativité ou mise en mouvement.
- Un résultat immédiat et sans ambiguïté
- La perte de la conscience de soi-même et une expérience autotélique
Une expérience autotélique, auto té quoi ?
Il faut bien que je me la raconte avec des mots savant de temps en temps, non ?
C’est un blog littéraire ici ou pas ! :-p
Bon, j’avoue, je viens aussi de découvrir ce mot, il y a peu. Alors si vous avez envie de marquer vingt points au Scrabble ou de briller en soirée, je vous partage la définition. C’est cadeau !
Définition du mot Autotélique : Se dit d’une personne qui s’engage dans une activité exclusivement pour le plaisir intrinsèque qu’elle lui procure.
Qualifie une activité ou la création d’un objet artistique dont le seul but est l’expérience ou l’expression de soi qu’ils permettent.
Toujours selon Mihály Csíkszentmihályi, les personnes autotéliques sont tellement intensément impliquées dans une activité que rien d’autre ne semble leur importer que cette activité même, l’expérience en elle-même est si agréable que les gens la font quel qu’en soit le coût, dans la seule finalité de la faire »
L’art du beau geste ou du bon mot
En résumé, le flow, c’est quand un surfeur à l’impression de prendre la vague parfaite. Un free rider, sa meilleure trace dans la poudreuse. Un danseur, une chorégraphie qui lui correspond vraiment.
On est bien au delà de la compétition, des résultats et même de la performance. C’est la sensation de produire le geste parfait dans un timing parfait, à l’endroit adéquate et de façon quasi naturelle qui prime !
ça s’applique aux activités manuelles comme intellectuelles. Un peintre pourra sentir cet état en produisant une toile en toute fluidité. Un ébéniste sculptant des courbes extraordinaires sur un meuble. Un poète ou un chanteur qui réussi exactement à exprimer ce qu’il ressent… etc
Être fier de soi et avoir l’impression d’avoir tout donné sans efforts apparents, de manière relâchée et de manière désintéressée. Juste pour la beauté du geste et du plaisir prit. C’est cela être autotélique et éprouvé le Flow !!
Trouver l’activité qui nous transcende, nous élève et nous fait sentir meilleur qu’avant de la pratiquer, c’est quand même génial, non ?
Et peut-être, je dis bien peut-être, qu’il serait utile (note à moi-même 🙃) et bénéfique pour tous d’arriver à éprouver ce Flow dans notre vie professionnelle. Vu tout le temps que nous devons y passer… Et c’est le moment idéal de sortir le vieux Confucius du grenier et son poncif :
Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie.
Le problème, c’est qu’à 42 ans, j’ai toujours pas réussi à choisir moi !
Et puis, il y a Henri Salvador qui à dit aussi :
Le travail c’est la santé, Rien faire c’est la conserver. Les prisonniers du boulot, Ne font pas de vieux os
Alors, je ne sais pas sur quel pied danser moi !! :-p
En attendant, je continue d’écrire…
Et vous plus sérieusement ? Avez-vous déjà ressentis le Flow ? Et si oui, au travers de quelle activité ? Je serais très curieux de le savoir ! J’attends vos retours en commentaire !






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