Une fois n’est pas coutume, ce mois-ci, je vais écrire un article en dents de scie.
Un article en demi-teinte fait de bas, plus que de hauts.
De creux et de vides plus que de pleins.
Parfois, les mots me manquent.
Je n’arrive pas à verbaliser.
Alors, je m’assois devant mon ordi.
J’ouvre mon logiciel d’écriture.
Et tente de partir à la recherche de l’inextricable.
Peut-être que ce manque de légèreté pourra paraître dérangeant.
Presque désagréable.
J’assume ces sentiments qui me traversent.
La vie n’est pas toujours un bonbon rose.
Il en va de la vie comme des idéaux.
Parfois, ils nous font toucher le ciel.
Parfois, ils nous entraînent dans des abîmes personnels.
Être sensible et émotif, comme je le suis,
c’est devoir naviguer sans cesse entre ces extrêmes.
C’est tour à tour évoluer le cœur léger sur les cimes de mon existence
et se retrouver, acculé et pris de panique, au bord d’un gouffre immense.
Avec le temps, j’ai appris à vivre avec cette dualité permanente.
Et en toute honnêteté, avec l’âge avançant,
je pensais avoir réussi à dompter ce tumulte intérieur.
C’est en partie vrai.
Mais la vie fluctue.
Imprévisible.
Elle nous ramène souvent là où on ne s’y attend pas.
Parfois, on avance.
Parfois, on recule !
Sans savoir trop pourquoi.
Par manque d’alignement.
Pour avoir perdu momentanément le cap.
Pour avoir trop longtemps serré les dents.
Par épuisement ou par trop de questionnements.
Peut-être, un peu de tout ça à la fois.
Ces derniers temps, je me sens victime du temps qui passe.
J’ai l’impression de voir s’étioler ma vie devant moi.
De décompter, immobile, les jours qui passent et qui se ressemblent tous.
Avec ce grand inconfort de faire face à ma propre inutilité.
Dans ces moments-là, je me sens vide.
Dénué de tout intérêt.
D’être un boulet.
Le Sisyphe et son rocher.
Plus de direction à tenir ni de boussole à suivre.
À se demander si les rêves que je poursuis sont encore les miens.
Je doute de tout.
De mes choix.
De mes envies.
De mes aptitudes.
Et nulle part ce vide ne résonne plus fort que dans mon rapport au travail.
Professionnellement, c’est le néant.
Toujours en quête de sens, de ce que je veux être pour moi et pour le monde.
À la recherche perpétuelle de ma valeur ajoutée.
De ce domaine dans lequel je pourrais exceller.
Et puis souvent, je vois le travail comme une chaîne.
Quelque chose qui cherche à m’emprisonner.
À m’enfermer dans une boîte ou des cases.
Un statut social. Des conventions.
Un endroit où on doit donner. Beaucoup. Sans considération.
À devoir se contenter de parcelles minuscules de temps libres.
De RTT mérités ou de week-ends salvateurs.
Je sais que cette vision est biaisée mais, moi, je veux être libre.
Je veux la liberté tout entière !
Mais cette liberté, à l’heure actuelle, j’en fais quoi ?
A vrai dire, pas grand-chose.
Et ça me peine.
J’ai toujours ces ambivalences en moi.
Je veux être utile pour les autres.
Et pourtant, je reste seul dans mon coin.
Je veux me réaliser.
Et j’ai du mal à jouer mon propre film.
Je veux du temps pour moi.
Et je le gaspille et le laisse filer inexorablement.
Je veux trouver un travail qui me correspond.
Sans les contraintes qui vont avec.
Dans le perso, je ne suis pas en reste.
Avec notre projet touristique.
Et tous les travaux qui vont avec.
Chaque jour, son lot de prises de décision.
De résolutions de problèmes.
De réflexions. D’anticipation.
Prévoir. Faire. Défaire. S’adapter.
Tenter de ne rien oublier.
Autant de stress généré !
En ce moment, je veux tout et son contraire.
Je n’arrive plus à trouver ma place.
Je suis à fleur de peau.
Je me sens seul.
Sans patience.
Irritable avec les miens.
Je m’agace de m’agacer.
Et je culpabilise de mon comportement.
Boucle infernale.
Dans ces grands moments de Trafalgar,
j’ai l’impression que mon monde est au bord de l’implosion.
Que mes frontières vont s’effondrer d’un moment à l’autre.
Les pieds englués dans une sorte de sable mouvant.
La tête éprise de vertiges immenses.
Je guette par où les vagues d’emmerdes vont tomber.
Le ressac de mes pensées se fracasse en dedans.
Il creuse mon bas-ventre.
Se heurte au fond de ma gorge.
Me brûle les yeux.
J’ai des envies de crier.
De chialer.
D’envoyer tout valser.
Je veux déborder.
Je veux dégueuler.
Refluer.
Mais rien ne sort.
Alors, je me vois comme un enfant gâté.
Qui a la chance d’avoir un toit.
De quoi manger.
Sans raisons objectives de piquer une colère sourde.
Et si d’aventure, caprice il y avait,
ça ne l’aide absolument pas à passer.
Et je ne sais plus quoi penser.
Parfois, les mots me manquent.
Je n’arrive pas à verbaliser.
Alors, je m’assois devant mon ordi.
J’ouvre mon logiciel d’écriture.
Et j’écris… une porte de sortie.
Pour calmer mon esprit.
Pour soulager mon cœur gros.
Pour la vie.
Ça ne règle pas tout, évidemment, mais c’est déjà beaucoup.
Je n’oublie pas que l’un des slogans de mon blog reste :
J’écris beaucoup pour ne rien avoir à dire.
Alors, si rien n’arrive à franchir le seuil de ma bouche et reste bloqué en dedans,
je tente une échappatoire pour réussir à m’exprimer en dehors.
Trouver les mots manquants, c’est se rapprocher de la solution, non ?
Et rappelez-vous : Admettre ses failles n’a rien d’une faiblesse.
Aller mal et faire croire que l’on va bien, ça, c’est de la folie !
Prenez soin de vous.






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